• La fin d une nature sauvage! pourquoi?

    quand je pense qu on nous fait la moral pour l environnement et que nos cher chef d état son pire que nous!c est a eu d arrété tout ca ! c est eu les plus polueur pas le peuple!l argent toujours l argent ils n'ont que ca a la bouche!il sent foute de nous et de la terre!nous sommes que des pions numéroté qui leur améne l argent! c est eu qui sont entrain de tuer la terre!
     
     Notre intarissable soif de  pétrole menace les grands espaces du nord de l’Alaska
     
     
    Dans la région pétrolifère de l’Alaska que les habitants appellent le North Slope (Versant Nord), l’argent, les luttes d’influence et les rumeurs sont aussi envahissantes que les moustiques. Il s’agit de la partie la plus sauvage de l’Etat le plus sauvage des Etats Unis, une étendue de toundra représentant plus du tiers de la France et descendant en pente douce de la chaîne de  Brooks aux rivages des mers de Beaufort et des Tchouktches. C’est aussi l’une des plus riches, tant pour sa biodiversité que pour ses réserves d’hydrocarbures. Le pétrole de l’Alaska couvre 17% des besoins intérieurs des Etats-Unis et fournit 90% des revenus de l’état. Au cœur de la région une zone d’environ 58 000 km2 – dont les champs pétrolifères qui ne cessent de s’étendre à partir de la baie de Prudhoe – appartient à l’Alaska. Le reste, hormis quelques domaines possédés par des Inupiats locaux, dépend des autorités fédérales. Les terres fédérales sont limités  à l’est, par l’Arctic NationalWildlife Refuge (ANWR, ou refuge national de la vie sauvage Arctique), aux paysages grandioses ; et, à l’ouest, par le plus vaste  domaine d’un seul tenant de l’Alaska – 93 000 Km3 – Le National Petroleum réserve Alaska (NPRA, ou réserve nationale pétrolière de l’Alaska). Contrairement à ce qu’indique on nom, il ne s’agit pas d’une gigantesque cuve à pétrole, mais le plus vaste  étendue sauvage non protégée du pays, qui abrite un demi million de caribous, des centaines d’ours et de loups, et, en été un nombre incalculable d’oiseaux marins ou côtiers et  de rapaces.
    Les biologistes font valoir depuis des décennies que certaine zones de la Réserve pétrolier revêtent un plus grande importance pour la faune que le refuge arctique. Mais devant l’immensité des gisements de pétrole, de gaz et de charbon qu’est supposée receler la Réserve, ces chercheurs ont été priés de modérer leurs propos. Et, alors que la bataille autour de l’extension des forages à l’ANWR faisait rage au Congrès, le gouvernement Bush a concédé de vastes étendues de la NPRA et des eaux côtières au plus offrant, une décision qui pourrait transformer toute la région en champ d’extraction de pétrole et de gaz. Certaines de ces concessions comprennent des habitas vitaux pour les oies, les caribous et les baleines boréales dont se nourrissent les Inupiats depuis des milliers d’années. Propriétaire de vastes territoires communaux, les 5 000 Inupiats qui habitent sept villages isolés et la ville de Barrow pourraient devenir les nouveaux barons du pétrole du XXIeme siècle. Mais ils risquent de même coup de perdre ce qui fait d’eux des Inupiats, et nombreux sont ceux que cette perspective inquiète.
     
     
    Aucun village ne ressent de façon plus aiguë les retombées du boom pétrolier que Nuiqsut, un lotissement d’une centaine d’habitations qui surplombe le fleuve Colville, aux confins orientaux de la NPRA. Comme c’est maintenant le cas pour bon nombre de villages, la plupart des maisons ont été construites sur le même modèle, dans le cadre du programme d’aide au logement. Peintes de couleurs vives, elles disposent de l’eau courant et d’un générateur alimenté au diesel, pour l’éclairage et la télévision. Les villages eux, bénéficient d’une école moderne, d’une clinique et d’une caserne de pompier.
    Pendant vingt ans, la zone de forage était très isolée pour qu’on y prête attention, mais elle s’est progressivement étendue en direction de Nuiqsut. Le champ pétrolier  le plus récent, le site d’Alpine, entre en service en 2000 est déjà à 13km du village, dans le delta du fleuve. La compagnie qui l’exploite, ConocoPhillips, l’avait initialement présente comme un modèle de développement pétroler utilisant une technologie de pointe à faible impact sur l’environnement et avec des accès routiers provisoire. La compagnie prévoyait deux sites de forages directionnels pour pomper une surface souterraine de 160 km2 en    ne polluant que 40 ha de toundra. Depuis ConocoPhillips a revu ses chiffres de production à la hausse et cinq nouveaux sites de forage sont en construction.
     

    Avec la multiplication des concessions à l’intérieur de la NPRA, Nuiqsut est littéralement cerné par les tours de forages, les routes creusées dan la glace et les équipements lourds qui circulent sur la toundra pendant tout l’hiver – la saison des forages, pour éviter les sols détrempés. Cette activité fournit quelques emplois aux habitant de Nuiqsut, mais elle a surtout fait fuir les caribous, les obligeant à aller chercher le quoi se nourrir à 20 ou 30 km de chez eux. Bien que les villageois, regroupés en coopérative, aient reçu chacun environ 3 000 dollars l’an dernier au titre de la participation aux bénéfices d’Alpine, tout le monde est d’avis, dans la région, que Nuiqsut est perdant dans l’affaire.
    « Les gens  du village sont fous de rage, me confie Bernice Kaigelak, qui enseigne la langue et les arts traditionnels Inupiats à l’école du village. Nous essayons de trouver un équilibre entre l’économie de subsistance et le mode de vie occidental. Il y a des secteurs que nous ne voulons pas qu’ils saccagent, mais, quoi qu’on dise ou quoi qu’on fasse, ils n’en font qu’à leur tête. »
    Chester Hopson, un jeune chasseur, m’emmène là où les deux mondes entre en collision.. Alors que les températures de septembre tournent déjà autour de 0°C et que les vents balayent la toundra, il lance sa petite barque en aluminium de 6m de long sur le fleuve aux eaux vert pale qui charrient des glaçons. Son cousin Anthony, qui travaille à Alpine et doit aller chercher sa paie au bureau de la compagnie , son frère Andrew et un ami, Joe Frank Sovalik, tous âgés , comme lui d’une vingtaine d’années, ont décidé de nous accompagner.
    Bientôt, nous nous engageons sur les eaux agitées du fleuve, et Chester manœuvre entre les hauts fonds. Quelques kilomètres plus loin, un rectangle grisâtre de graviers d’environ 2m de haut se dresse sur la rive droite. Des containers y sont empilés, prêts pour la saison des forages. Sur le site d’exploitation suivant, une tour de forage se dresse tel un phare rouillé au milieu d’une mer fauve. Chester échoue son embarcation dans une petite crique de vase ou les ours et les caribous ont laissé leurs empreintes et nous faisons à pied le kilomètre restant à travers la toundra spongieuse. Derrière nous, la vaste plaine côtière s’étend sans le moindre relief jusqu’à l’horizon. Le spectacle est étrangement beau, presque irréel, donnant une impression de vide infini. Seul être vivant, un plongeon huard solitaire danse sur les eaux près des berges. En été, pendant la saison de reproduction, le delta du Colville regorge d’oiseaux sauvages, parmi lesquels les rarissimes plongeons à bec blanc et les eiders à lunette, deux espèces menacées par l’exploitation pétrolière.

      Plongeon à bec blanc

    eider à lunette                                          plongeon à bec blanc

     

    Quand nous approchons de l’immense tour de forage, avec ses lumières aveuglantes, sa noria de camions et le vrombissement des moteurs diesel, nous avons l’impression de sortir du désert et de voir surgir Las Vegas. Nous nous dirigeons vers les baraquements et, après avoir retiré nos bottes, nous allons nous attabler à la cafétéria pendant qu’Anthony va chercher son chèque ? Les repas étant gratuits sur les sites, tout le monde se sert copieusement de chips, de boissons gazeuses et de poulet frit. Malgré la relative proximité des sites et l’attrait de salaires élevés, peu d’Inupiats travaillent sur les champs de pétrole. Ils répugnent à y rester deux semaines durant sans rentrer chez eux et se plaignent de la discrimination dont ils sont victimes, ne se voyant offrir que des emplois ingrats.
    De retour à la barque, nous redescendons le fleuve sur quelques kilomètres jusqu’à la maison de la grand-mère de Chester, une cahute en contreplaqué posée sur la rive, au milieu du bric-à-brac typique d’un camp de chasse inupiat : batteries usagées, vieux réchauds, barils rouillés. C’est le repaire des Inupiats, me confient les cousins, leur  refuge pour chasser, pêcher et être libres. C’est là qu’ils se retrouvent pour échapper au stress de la vie, a ronflement des 4x4, au ronronnement permanent de la télé, à l’ennui du village. Mais même d’ici, on peut entendre la tour de forage, les générateurs, les avions, les hélicoptères et un aspirateur grand comme une benne à ordure qui avale les fuites de pétrole.
    « Avant, quand cet oléoduc n’était pas encore construit, les troupeaux de caribous venaient ici, soupire Chester. J’adorais les entendre courir. Le sol résonnait comme dans Danse avec les loups. Le pétrole est une bonne chose pour l’emploi, mais il bouleverse tout. » Je propose un marché à mes jeunes compagnons : « Imaginons que je suis le patron de ConocoPhillips. J’offre à chacun de vous 10 millions de dollars pour cette cabane et le terrain autour. Vous êtes preneurs ? – Non «  répondent-ils d’une seule voix.

     

    lac Teshepuk

    Actuellement ce sont les terres de chasse de Nuiqsut qui sont misent en coupe réglée. Et demain, sur quelle zone l’industrie pétrolière jettera-elle son dévolu ? Contrairement à ce que l’on aurait pu craindre, ce ne sera pas sur la plaine côtière de l’ANWR – zone 1002 -, mais sur le lac Teshekpuk, le plus grand réservoir d’eau douce de la région. Situé sur une étendue de 18 500 km2 du secteur nord-est de la NPRA- celui dont la concession a provoqué le plus de remous-, le lac et ses abords marécageux, son dédale de ruisseau et ses mares, sont considérées comme l’une des zones de mue les plus importantes pour les oies et les autres oiseaux de l’Arctique. Un tiers des bernaches cravants de la planète, par exemple, perdent leurs plumes près du lac, d même que des dizaines de milliers de bernaches du Canada, d’oies rieuses, d’oies des neiges et des cygnes siffleurs. Ill s’agit aussi des territoires de mise bas des quelques 45 000 caribous de la harde de Teshekpuk, qui fait littéralement office de réserve de viande pour quatre villages. Chaque année, près d’un dixième de la harde finit dans les assiettes des Inupiats.

     
    Le lac Teshekput est le pays de Dieu, affirme l’ancien maire de la commune, George Ahmaogak, qui possède deux camps de chasse dans la région. On peut tout trouver ici, des oiseaux aquatiques, des poissons et des caribous. Nous nous sommes toujours efforcés de protéger cette zone, mais aujourd’hui, l’Administration Bush débarque et nous dit d’ouvrir entièrement, aux concessions.
    En 1977, l’Administration Carter avait classé le lac zone spéciale en raison de son importance pour la faune. Deux autres zones spéciales avaient également été crées à l’intérieur de la NPRA : les falaise du Colville, où nichent des milliers de faucons pèlerins, des faucons gerfauts et  de buses pattues et le bassin supérieur de l’Utukok, territoire de mise bas pour la harde de caribous de l’Arctique occidental. Cette année là, et à nouveau en 1980, le Congrès avait chargé le secrétaire d’Etat à l’Intérieur de s’assurer que toute activité dans cette zone soit menée « avec le soucis d’éviter des dégâts inutiles en surface et d’en atténuer l’impact écologique sur l’ensemble de la réserve. » Même James Watt, le secrétaire à l’Intérieur de Ronald Reagan resté célèbre pour son allergie à l’écologie, avait interdit toute concession sur 800 km2 au nord du lac pour protéger les oies.
    Lorsqu’elle décida d’ouvrir la NPRA à l’exploration pétrolière, à la fin des années 1990, l’Administration Clinton commanda une étude d’impact environnemental concernant l’ensemble du secteur nord-est. Apres de nombreux rapports sur la faune – caribous et oies – et d’innombrables réunions avec les villages dépendant du gibier pour leur subsistance, le secrétaire à l’intérieur de l’époque, Bruce Babbitt, étendit la protection à plus de 2 000 km2, mais ouvrit les 87% restants du secteur aux concessions pétrolières. Cependant, certains de ces gisements les plus prometteurs se trouvaient sous la petite zone protégée.
    Une formation géologique baptisée « arc de Barrow » longe le lac, et presque tous les gisements de pétrole découverts sur le North Slope se trouvent à moins de 30 km de cet arc. L’Administration Bush a décidé de réviser les conclusions de l’étude de l’impact, affirmant que le gouvernement disposait de nouvelles informations indiquant que les répercussions sur la faune seraient moins importantes que prévu. En janvier dernier, le secrétaire à l’Intérieur Gale Norton a ouvert la zone entière aux forages, à l’exception du lac lui-même.  « En 1998, nous étions parvenus à un accord qui satisfaisait presque toutes les parties rappelle Geoff Carroll, un biologiste qui étudie , de puis longtemps la harde de caribous de Teshekpuk. Puis, tout  a été chamboulé. Plusieurs études ont, depuis, réaffirmé l’importance de la zone pour la faune. La seule information nouvelle est que la zone renfermerait davantage de pétrole que les prévisions ne l’indiquaient.
     
     
     
    Un des grands problèmes des habitants du North Slope tient au caractère irréversible des décisions prises. Les infrastructures pétrolières pourraient être comparées à ces cicatrices que se font les enfants par maladresse : elles peuvent s’estomper, jamais disparaître. Les deux puits jadis exploités sur la crête qui surplombe le site d’extraction d’Umiat à 150 km en amont de Nuiqsut, en son un bon exemple. C’est là dans les années 1940 et au début des années 1950, que l’US Navy effectua ses premiers sondages en vue de créer une réserve destinée à approvisionner l’armée en cas d’urgence. Perdu au milieu de la toundra, l’aérodrome surdimensionné d’Umiat servit plus tard d’escale aux avions assurant la liaison Fairbanks-Barrows et de base pour les équipes sismiques qui sillonnèrent la NPRA lors des prospections des années 1970 et 1980. Umiat détient maintenant deux tristes records : c’est l’un des endroits les plus froids des Etat-Unis (la température moyenne y est de -11,8° C) et le coup de la dépollution a été colossal. Un réservoir de carburant rouillé est un arbre de noël de vannes marquent l’emplacement du puits n° 9 d’Umiat près du sommet de la crête d’où, par beau temps, le regard se perd à l’infini. L’armée a autrefois abandonné ici des milliers de barils de pétrole, de diesel et de produits toxiques.
    Un matin de septembre, sous une pluie battante, six faucons pèlerins longent silencieusement la falaise à la recherche d’un oison ou d’un rongeur pour pouvoir nourrir leurs petits. Ces falaises qui surplombent le fleuve constituent l’une des plus importantes zones de nidification de l’Arctique. D’une beauté rude et sauvage, ces gigantesques étendues n’ont probablement pas beaucoup changé depuis le temps ou des mammouths laineux y rodaient. Pourtant, selon certaines estimations, le sous-sol recèlerait 100 millions de barils bruts « léger et doux » et environ 1,7 milliard de mètre cubes de gaz naturel, assez pour satisfaire les besoins des Etats-Unis pendant trois ans. En prévision de la concession prochaine d’une nouvelle zone de la NPRA, de nombreux géologues et d’autres experts s’activent dans le camp d’Umiat pour préparer les études sismiques qui devront être réalisées en hiver. De leur coté, les services fédéraux s’emploient encore à nettoyer les sols contaminés d’Umiat, près de soixante après les forages de l’US Navy.
     
     
    La baie de Prudhoe
     
    Dans le vent glacial qui vient de la mer de Beaufort et qui pousse la neige horizontalement, Scott Digert, un ingénieur de la compagnie BP, montre au loin une étrange  sculpture en acier qui domine la toundra défigurée de la baie de Prudhoe. « C’st le puit  de la plus grande découverte », crie-t-il pour dominer le hurlement du vent, à l’adresse  d’un petit groupe de journalistes. Douze forages avaient été réalisés çà titre exploratoire dans les années 1960. Les onze premiers n’avaient rien donné, mais avec le dernier, la compagnie était tombée sur la plus grande réserve de pétrole connue du continent. En 1968, le site de forage de Prudhoe était encore plus perdu que celui d’Ulmiat. Il n’excédait pas alors 26ha, contre 26 000 km2 aujourd’hui, avec dix-neuf champs en activité et 3 000 km d’oléoducs, ce qui en fait l’un des plus grands complexes industriels du globe. Le gisement avait au départ été estimé à 9,6 milliards de barils, mais ARCOI – qui a fusionné avec BP en 2000- en a déjà extrait 10 milliards de barils et espère en pomper plusieurs milliards supplémentaires, peut-être en prolongeant la vie du champ pendant un autre demi-siècle. Mais une chose est certaine ; l’assèchement est en vue.
    Le trans-Alaska Pipeline System, ou TAPS qui transportait plus de 2 millions de barils par jour en 1988, n’en achemine plus que 900 000 et son débit diminue de 3% par an. Le gouverneur de l’Alaska, Frank Murkowski, parie maintenant sur la réserve de gaz naturel du North Slope et ambitionne de construire un immense gazoduc. Chaque jour, Prudhoe produit environ 227 millions de mètre cubes de gaz, soit plus que le Canada n’en brûle en une journée. Si ce projet voit le jour, il s’agira du plus grand gazoduc privé du monde et il changera probablement à tout jamais la face de la région. Dans l’immédiat, BP explique qu’elle s’est retiré de la course à la prospection, préfèrent se concentrer sur des technologies innovantes pour pomper jusqu’à la dernière goutte les gisements de Prudhoe, notamment le pétrole lourd visqueux. Ce gisement, estimé à 23 milliards de barils est encore largement inexploité.
    Difficile de ne pas être  impressionné par ce qu’une hallucinante somme de travail, d’argent et de savoir faire technologique a crée dans l’un des environnements les plus inhospitaliers de la planète. Cependant, l’impact écologique est tout aussi impressionnant : des centaines de fuites de pétrole, pour la plupart provoquées par la dégradation des oléoducs, une pollution de l’air deux fois supérieures à celle de certaines villes américaines et, ce qui est peut être le plus choquant, l’absence d’obligation pour les compagnies de nettoyer les sites en fin d’exploitation. Un rapport de 2003 établis par un organisme impartial, le National Research Council, a conclu qu’en raison du coût exorbitant des opérations de dépollution et du laxisme de l’administration fédérale et de l’état de l’Alaska, la plus grande partie de la toundra ne sera jamais remise en état. Ce constat rend encore plus brûlant le débat actuel sur l’ouverture aux forages de nouvelles zones de Refuge arctique. «  A ce stade, la décision d’ouvrir l’ANWR a quitté le domaine de l’écologie pour entrer dans celui de la politique, et elle doit être prise par le peuple américain, estime Daren Beaudo, le porte parole de BP ? Nous n’essaierons pas d’influer sur le processus. » « Nous n’essaierons plus », devrait il dire. En effet, après avoir dépensé des millions de dollars pour faire pression sur le Congrès en vue d’ouvrir l’ANWR à la prospection, BP et d’autres grosses compagnies pétrolières se sont retirées du lobby le plus acharné, surnommé « Pouvoir arctique ». Peut être, ont-elles pensé qu’il était temps de se faire discrètes. Ou peut être est-ce simplement qu les puits de l’ANWR se sont montrés décevants, alors que ceux de la NPRA, avec moins de chausse-trapes politiques ont été beaucoup plus rentables.
     
     
    Kaktovik
     
     
    L’Arctic National Wildlife Refuge est peut être le seul endroit du North Slope où l’opinion américaine ne s’est pas comportée en grand propriétaire absentéiste. Et c’est ce qui hérisse les quelques 300 habitants du village de Kaktovik, situé sur la cote nord du refuge. Car, bien avant d’être considérée comme la « dernière terre vierge » par les écologistes, dans les années 1950, cette région était tout simplement leur territoire, ou ils pêchaient, chassaient et campaient. Pour eux, terre vierge signifie « terre débarrassée de ses habitants ».
    Le village qui possède environ 400km2 de terres potentiellement riches en pétrole, s’est pourtant longtemps montré favorable aux forages, ce qui lui a valu l’inimité de ses voisins, les Gwich’ins, tributaire de la harde de caribous qui, après avoir mis bas le long de la plaine côtière, y passe l’été. Les Inupiats savent bien à qui ils doivent l’argent, les emplois, l’école, le générateur et, depuis peu, les toilettes équipées de chasse d’eau dont bénéficie Kaktovik. « Nous voulons la même chose que tout le monde : une vie meilleure pour nos enfants et nos petits-enfants, confie Lon Sonsalla, le maire du village. Mais nous aimerions pouvoir maîtriser nos destinées. Officiellement le village reste favorable à une exploitation pétrolière responsable, à condition de garder le contrôle de la situation.Les compagnies n’ont qu’à bien se tenir ! »
    Dans la réalité, le village semble très divisé. Robert Thompson, l’un des habitants qui, de plus en plus nombreux, s’opposent farouchement à l’exploitation pétrolière du Refuge, est guide  de rafting, sur les rivières dévalant de la chaîne de Brooks. Récemment, il a fait circuler une pétition contre les forages et recueilli cinquante huit signatures. « Ce n’est pas rien, quand on sait que seulement quatre vingt dix huit personnes ont voté aux dernières élections, commente-il. Le gouverneur de l’Alaska prétend que c’est pour notre bien, pour ne pas vivre comme dans le tiers monde. Mais vingt huit ans après l’arrivée du pétrole, nous venons à peint d’être équipés de cabinets de toilette dignes de ce nom !  Et la plupart des dirigeants du North Slope qui plaident en faveur d l’exploitation pétrolière passent davantage de temps à Hawaii que dans le Refuge ! »
    De manière surprenante, tous les débats sur le fait   de savoir combien de pétrole se trouve réellement sous le Refuge – et si d’éventuelle découverte de gisement justifie la mise en péril d’une région sauvage sensible – sont fondés sur des données peu fiables. Depuis 1986, pas moins de huit estimations ont été réalisées par divers services fédéraux ou de l’Etat de l’Alaska, avec des résultats pour le moins discordants. Selon la dernière de ces études, qui date de 1998, le Refuge pourrait receler 4,3 milliards de barils, avec une probabilité de 95%, ou 11,8 milliards avec une probabilité de 5%, l’évaluation moyenne se situant autour de 7,7 milliards. Le pétrole serait concentré dans trente-cinq gisements relativement modestes, déssiminés pour la plupart dans le secteur ouest, alors que les études précédentes les situaient dans le secteur est.
    La meilleure façon de connaître avec certitude l’importance d’un gisement est de forer, et c’est précisément ce qu’un consortium conduit par Chevron a fait, pendant les hivers 1985 et 1986 sur une bande de terre appartenant à la coopérative inupiat de Kaktovik, à l’intérieur du Refuge. La compagnie a foré, dans l’un des gisements les  plus prometteurs, à plus de 4 500 m de profondeur, un vaste « piège » géologique qui, s’il avait été rempli de pétrole, aurait rivalisé avec ceux d’Arabie saoudite. Ces puits appelés KIC-1, étaient un site ultra secret et aucune information n’a filtré sur sa production. Selon des sources anonymes mais bien informées, le KIC-1 se serait finalement révélé décevant. La plus grosse déception, selon les mêmes sources, a été la découverte, juste au dessous du permafrost, d’une couche que l’on pensait remplie de pétrole et qui n’était que de l’hydrate, une sorte de méthane gelé, très rependu dans l’Arctique. L’hydrate a un temps été présenté comme l’un des carburants du futur, mais la technologie pour l’extraire du sol n’existe pas encore. Et aujourd’hui, le KIC-1, le puit le plus célèbre de l’Alaska, n’est  qu’un des nombreux trous qui défigurent la toundra. Bien sur, les compagnies pétrolières n’avaient aucun intérêt à ce que la nouvelle se repende à un moment où les congrès débattaient du sort du Refuge. Interrogé sur ce point, un porte parole de Chevron s’était contenté de répondre : « Nous ne faisons aucune déclaration sur ce que nous trouvons. C’est un secteur d’activité hautement compétitif et les informations sur ces puits sont confidentielles. »
    Les partisans des forages , tels le sénateur  de l’Alaska Ted Stevens et le gouverneur Frank Murkowski, dépeignent  depuis longtemps la plaine côtière comme une étendue glacée et désolée, seulement bonne à réduire, ne serait-ce que modestement, la dépendance des Etats-Unis vis-à-vis du pétrole étranger. C’est un point de vue que ne peut partager le biologiste Georges Scheller, qui a contribué à l’une des premières études sur la faune du Refuge. « En tant que citoyen, notre obligation premières est de laisser aux générations futures ce que celles du passé ont vénéré, affirme t-il. Forer dans l’ANWR, qui nous montre la planète telle qu’elle était il y a 10 000 ans, n’est rien d’autre que du vandalisme écologique. Dans quelle société vivons-nous pour vouloir en priver les générations futures en échange de quelques gallons de pétrole ? » Certains observateurs font valoir que les compagnies pétrolières sont moins intéressées par le forage de l’ANWR que par l’installation dans le secteur d’oléoducs et des autres infrastructures qui lui permettront d’exploiter les gigantesques gisements censés dormir sous la mer de Beaufort. Jusqu’ici, les coûts prohibitifs et les risques d’une telle exploitation au milieu des glaces de l’Arctique ont dissuadé les compagnies de s’éloigner des cotes. Mais, avec la hausse des prix du pétrole et la fonte de la calotte glaciaire, l’ouverture de ces champs pourrait bientôt être rentable.
    Les forages offshores dont depuis longtemps la hantise des Inupiats. Même les responsables des compagnies pétrolières admettent qu’ils ne connaissent pas de moyen permettant de lutter contre une marée noire dans le chaos des glaces du printemps ou de l’automne. Or, ce sont les saisons des migrations d’une dizaine de milliers de baleines boréales, que les Inupiats chassent avant de se livrer au partage de la viande, une cérémonie essentielle de leur culture .sans compter, que, dans une région ou les mailons principaux de la chaîne alimentaire – le phytoplancton et les algues marines – dépendent de la lumière du soleil filtrant à travers la glace, une marée noire pourrait dévaster l’écosystème de l’Arctique pour des décennies.
    Ancien biologiste du Département de la chasse et de la pêche de l’Alaska et pilote du Grand Nord, Pat Valkenburg fait virer son super petit club pour survoler à basse altitude une zone accidentée de la toundra ; « Le voila !, me dit il en désignant un tuyau d’acier pointant du sol. C’est le seul puits jamais foré dan le Refuge arctique. Il ne paie vraiment pas de mine ! » J’en conviens d’autant plus que nous venons de survoler l’in des paysages les plus spectaculaires de la planète – la mer de beaufort, qui ressemble à un gigantesque linceul blanc veiné de bleu cobalt ; la toundra brun clair de la plaine côtière, parsemées de caribous ; les collines ondulées qui se fondent progressivement dans l’imposante et étincelante chaîne de Brooks. Cet agaçant petit tuyau vient brutalement rappeler que les Etats-Unis doivent choisir entre laisse une petite zone de la partie la plus sauvage du pays dans l’état ou elle se trouve depuis des millénaires ou retourner chaque mètre carré de la toundra pour satisfaire notre intarissable soif de pétrole.
     
    Reportage  de Joel K Bourne , JR.
     Pour National Géographic de Mai 2006
    Les photos ont été glanées sur différents sites.
     
    Photo de Richard Michaud (la mer de Beaufort)


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