Le samedi 16 juin 2007
Autochtones: construire des ponts au lieu d'en bloquer
Blocus à l'arrivée dans la ville de Caledonia, en Ontario, en mai 2006.
Photo PC
Louise Leduc
La Presse
En décembre dernier, à la presque unanimité, l'Assemblée des Premières Nations avait voté en faveur d'une résolution qui faisait du 29 juin une journée officielle de protestation. Les autochtones, qui trouvent qu'Ottawa lambine dans ses négociations, promettaient un été chaud. À quelques jours de la date fatidique, le ton a changé.
Quand ils ont annoncé leur journée nationale de protestation, les autochtones du pays n'y sont pas allés de main morte. Avec en tête le chef manitobain Terry Nelson, l'Assemblée des Premières Nations avait voté à la presque unanimité une résolution en faveur de l'érection d'une barricade sur une voie ferrée, au Manitoba.
Depuis, le ton a baissé. Sur son site internet, l'Assemblée des Premières Nations insiste maintenant pour corriger le tir: «La résolution fait allusion à une barricade qui est envisagée par une Première Nation (Roseau River, au Manitoba), mais elle ne demande pas aux autres Premières Nations de prendre une mesure semblable.»
Le représentant québécois de l'Assemblée des Premières Nations, Ghislain Picard, note que, depuis la résolution initiale, une analyse des dérapages possibles a été faite en haut lieu. «Il y a quelques semaines, les chefs se sont réunis et ils ont réalisé qu'il ne faudrait pas y aller de façon aussi radicale», dit-il.
Au Québec, en tout cas, pas question officiellement de grande perturbation le 29 juin. Pas de pont bloqué. Tout au plus quelques ralentissements de la circulation, le temps de distribuer quelques tracts.
Les autochtones du Québec souhaitent faire comprendre à leurs concitoyens leur frustration de voir leurs revendications territoriales - liées à un meilleur accès à des ressources naturelles et à des conditions de vie plus acceptables - à peu près au point mort. Bien sûr, l'annonce par Stephen Harper de la création d'un tribunal indépendant qui ferait avancer plus efficacement ces négociations va dans le bon sens, mais «encore faudra-t-il voir si la promesse se réalisera», dit M. Picard.
Entre «bons voisins»
En attendant, Joe Delaronde, porte-parole du Conseil de bande de Kahnawake, assure pour sa part que, le 29 juin, les siens veulent agir en «bons voisins». «Nous ne préconisons pas des mesures dérangeantes, mais plutôt éducatives, dit-il. On va peut-être mettre des pancartes.» Rien n'est encore arrêté, mais le pont Mercier ne sera pas pris d'assaut, assure-t-il.
À discuter avec le grand chef de Kanesatake, Steven Bonspille, il est facile de voir que les autorités de Kanesatake sont beaucoup plus préoccupées par la guerre intestine entre le grand chef et les six autres chefs que par des dénonciations plus nationales. M. Bonspille se plaint de ce que le conseil de bande l'exclue et le prive du salaire auquel il a droit.
Cela dit, si les leaders autochtones assurent que le mot d'ordre ne sera pas de bloquer des ponts mais d'en construire - dans le sens de «dialoguer»-, la résolution initiale favorisant l'érection de barricades sur des voies ferrées a pu inspirer des autochtones isolément. Ceux qui auraient envisagé la chose avaient même accès il y a quelques semaines, sur YouTube, à une vidéo non signée expliquant l'art de perturber le trafic ferroviaire en toute sécurité.
Ghislain Picard sait bien que des groupes particuliers peuvent fomenter des coups d'éclat, comme ça a été le cas en mars «quand un groupe indépendant se réclamant de la Confédération des peuples autochtones - sans aucun lien avec nous - a bloqué la 117», près de Mont-Laurier.
En 2006, quand des autochtones de Caledonia, en Ontario, ont été arrêtés, des Mohawks de Kahnawake ont grimpé sur la structure d'acier du pont Mercier, côté réserve, pour y installer neuf drapeaux - dont huit des Warriors. La circulation avait alors été interrompue pendant une quinzaine de minutes et plusieurs policiers avaient été dépêchés sur les lieux. Caledonia, de même qu'Ipperwash, en Ontario - où un jeune manifestant autochtone a été abattu par les policiers en 1995 - pourraient être les points chauds de la manifestation du 29 juin, tout comme Roseau River, au Manitoba.