Le vendredi 20 juin 2008
Les communautés autochtones craignent de perdre des centaines d'enfants
Le chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard.
Photo André Pichette, La Presse Martin Ouellet
Presse Canadienne
Québec
Des centaines d'enfants autochtones risquent d'être confiés à l'adoption au cours de l'été, victimes de la nouvelle loi québécoise sur la protection de la jeunesse.
C'est le cri d'alarme qu'ont lancé vendredi à Québec des leaders des Premières Nations.
En vigueur depuis l'an dernier, la loi 125 fixe un délai de 12 à 24 mois aux parents dont l'enfant est confié à une famille d'accueil pour démontrer leur capacité à assumer leurs responsabilités. Si les parents n'y parviennent pas, l'enfant fait l'objet d'un placement permanent et peut être adopté.
Or, les dirigeants autochtones sont inquiets: le 9 juillet marquera le premier anniversaire de la loi et des centaines d'enfants risquent de quitter leur communauté parce que leurs parents n'ont pas réussi à s'amender à l'intérieur du délai prescrit par la loi.
«Nous ne demandons pas de cesser les placements, mais il faut suspendre les projets de vie permanents (le placement à long terme), jusqu'à ce que nous obtenions les ressources adéquates dans les communautés», a affirmé, en conférence de presse, la directrice générale de la Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador (CSSSPNQL), Guylaine Gill.
Selon elle, les communautés autochtones ne sont pas en mesure de respecter les exigences imposées par la loi 125, parce qu'elles ne disposent pas du même niveau de services que les non-autochtones. Faute de moyens, les communautés amérindiennes ne peuvent soutenir adéquatement les parents en difficulté, a de son côté fait valoir le chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL), Ghislain Picard.
Sébastien Kurtness, vice-chef de la localité de Mashteuiatsh, partage cet avis.
«Nous pouvons y arriver, mais il nous faut des moyens. Malheureusement, le financement ne suit pas», a-t-il dit.
M. Kurtness a lancé un appel à l'aide au gouvernement fédéral - qui exerce une pleine juridiction dans ce domaine - pour qu'il bonifie son aide financière aux communautés.
Entre-temps, le chef Picard a demandé officiellement à la Commission des droits de la personne de faire enquête sur le «traitement inéquitable» que réserve, à son avis, la loi 125 aux familles et aux enfants autochtones.
Le taux de placement en famille d'accueil est effarant chez les jeunes amérindiens. Au cours des cinq dernières années, plus de 1400 enfants ont été placés chaque année, sur une population totale d'à peine 12 000 individus.
Les motifs de placement les plus souvent rapportés sont la négligence, les sévices physiques et sexuels ainsi que la consommation excessive d'alcool de la part des parents.
Ces phénomènes sont attribuables à «la pauvreté et au manque de ressources locales», croit l'APNQL.