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crise de Caledonia

La crise de Caledonia : un deuxième Oka?
Bernard Cleary
L'auteur est le premier Indien du Québec à siéger à la Chambre des Communes, ex-député du Bloc Québécois et porte-parole du dossier autochtone. Il a été négociateur pour les Premiers peuples.

La présente crise autochtone de Caledonia, en Ontario, qui a débuté le 28 février 2006 par une manifestation de «blocage de route», ressemble étrangement au début des événements d’Oka. Elle nous ramène à la case départ, en 1990, parce que le gouvernement du Canada ne s’est jamais attaqué aux maux véritables. Il a simplement maquillé la crise pour la rendre acceptable en mettant le couvercle sur la marmite et en la renvoyant à des politiciens d’une autre époque.
Elle n’est que la pointe de l’iceberg d’un problème fondamental dénoncé sévèrement par le rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones du Canada, en 1996, comme suite des événements d’Oka. La fatalité a fait en sorte que ce soit encore le Parti conservateur qui soit au pouvoir.
«Une étude attentive de l’histoire de notre pays montre que le Canada s’est construit à partir d’une série d’ententes avec les peuples autochtones – ententes que ce pays n’a jamais pleinement honorées. Les traités entre les gouvernements autochtones et non autochtones étaient des ententes pour le partage des terres. Ces traités ont été remplacés par des politiques destinées à chasser les autochtones de leurs terres ancestrales, à anéantir les nations autochtones et leurs gouvernements, à miner les cultures autochtones et à étouffer l’identité autochtone».
Selon les commissaires, il est temps de reconnaître cette vérité et de commencer à rétablir la relation entre les peuples en la fondant sur l’honnêteté, le respect mutuel et le partage équitable. Plus encore, les commissaires ont prétendu que le contenu de certaines ententes a été imposé aux peuples autochtones. Ces derniers ne comprenaient même pas les limites que leur imposaient les autorités gouvernementales du Canada, leur fiduciaire...
Une telle interprétation, si éloignée des uns et des autres, a donné comme résultats que les Mohawk des Six Nations à Caledonia sont convaincus que leurs terres ancestrales sont à eux depuis 1784. De son côté, le gouvernement du Canada affirme que ces terres leur ont été reprises en 1841.
Les chefs des Nations mohawk et cayuga croient plutôt que leurs terres ancestrales leur ont été louées, il y a deux siècles, pour le passage de la route transcanadienne. D’une façon ou d’une autre, les Indiens n’avaient pas le pouvoir de vendre ces terres ancestrales sans avoir obtenu l’autorisation des membres de la nation par un vote au cours d’une assemblée publique.
Une telle interprétation est loin d’être dépourvue de bon sens puisque, tel que dénoncée généralement par la Commission royale sur les peuples autochtones du Canada dans son rapport, cette époque première du Canada sous l’empire britannique a été la période de «l’occupation pacifique» et de la signature des fameux traités numérotés. Il fallait libérer ces terres rapidement pour construire la voie ferrée transcanadienne, offrir aux immigrants européens des terres pour la culture afin qu’ils s’établissent à ces endroits et permettent ainsi aux gouvernements de développer ces parties du Canada en s’accaparant de leurs richesses.
Ce n’est qu’un an plus tard, à l’anniversaire de la publication du rapport de la commission royale que la ministre des Affaires indiennes et du Nord Canada, madame Jane Stuart, a reconnu officiellement, dans une Déclaration de réconciliation, «les effets néfastes des traitements subis par les Autochtones par le passé». Elle l’a fait au nom du gouvernement canadien.
«En tant que pays, nous sommes hantés par nos actions passées qui ont menées à l’affaiblissement de l’identité des Peuples autochtones, à la disparition de leurs langues et de leurs cultures et à l’interdiction de leurs pratiques spirituelles. Nous devons reconnaître les conséquences de ces actes sur les nations qui ont été fragmentées, perturbées, limitées ou mêmes anéanties par la dépossession de leurs territoires traditionnels, par la localisation des peuples autochtones et par certaines dispositions de la Loi sur les Indiens. Nous devons reconnaître que ces actions ont eu pour effet d’éroder les régimes politiques, économiques et sociaux des peuples et des nations autochtones».
Pour les commissaires, tels qu'ils l'ont souligné à maintes reprises, sans justice, il ne peut y avoir ni paix, ni harmonie. Ces derniers ont donc recherché, en toute justice, quels sont les fondements réels d'une relation équitable et honorable entre les habitants du Canada. Ils ont d'ailleurs résumé, en quelques mots, leur conclusion essentielle: « [...] c'est une mauvaise ligne de conduite qui a été suivie pendant plus de 150 ans par les gouvernements coloniaux et par les gouvernements canadiens ultérieurs».
Le gouvernement du Canada en est peu fier, soulignera plus tard la ministre des Affaires indiennes et du Nord du Canada, madame Jane Stewart, dans une Déclaration de réconciliation. Elle ajoutera comme l'ont prétendu les commissaires de la Commission royale, que les politiques d'assimilation des Autochtones n'étaient pas une très bonne idée. Plus encore, tel que le mentionne le rapport, ces «politiques ont miné et presque anéanti les cultures et les identités autochtones».
Cependant, la Commission royale a livré comme message qu'il s'agissait d'une toute autre histoire. Elle a dégagé une vision totalement différente. La guérison sociale des peuples aborigènes canadiens passe surtout par la recouvrance de leur fierté perdue. Elle doit favoriser le respect de leurs droits ancestraux de Premières Nations et le développement de leur autonomie personnelle et politique, un droit nécessairement inhérent. Enfin, la rétrocession d'une partie importante de leurs terres ances-trales, leurs droits territoriaux, doit fermer la boucle. Ce que prône aussi la Cour suprême du Canada dans ses récents jugements.
Le gouvernement du Canada serait d'une inconséquence et d'une irresponsabilité immensurables s'il n'utilisait pas les recommandations de la Commission royale, éclairée et indépendante.
L’effet boomerang des ententes ou des traités numérotés, ou autres, signés(es) avec les Nations autochtones, dans lesquelles les gouvernements du Canada et des provinces ont imposé leurs volontés, sont des mines qui risquent d’exploser en tout temps et faire des victimes. Le passé de tricherie du fiduciaire des Indiens du Canada ne peut que faire surface au fur et à mesure des découvertes comme c’est le cas aujourd’hui. À moins que le fiduciaire des Indiens du Canada suive le plus tôt possible les recommandations de la Commission royale sur les peuples autochtones du Canada et actualise ces ententes et ces traités numérotés par les négociations.
Le Canada a ainsi ouvert une boîte de pandore.
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