Le lundi 17 septembre 2007
Droits des autochtones : le Canada perd des plumes
Samuel Auger
Le Soleil
Québec
Après avoir été un chef de file en la matière, le Canada a fait volte-face à lONU et a voté contre la déclaration des droits des autochtones, jeudi. Un refus qui risque denvenimer les relations avec les Premières Nations et de ternir limage du Canada sur la scène internationale.
Le Canada a été lun des rares pays, avec les États-Unis, la Nouvelle-Zélande et lAustralie, à sopposer à la déclaration lors de lAssemblée générale des Nations unies. Cent quatre-vingt-quatre pays ont donné leur appui à ce texte traitant des droits territoriaux et sociaux des autochtones.
« Cest fort probablement une décision qui a des motivations politiques plus que tout autre chose ! », a réagi Willie Littlechild, chef régional des Erminiskin dAlberta, joint à son retour de New York.
En conflit avec la Charte
Le Canada a soutenu que la déclaration entre en conflit avec la Charte des droits et libertés. « Ils nont jamais réussi à démontrer à quel passage il y avait un conflit. La déclaration doit être écrite vaguement pour tenir compte de toutes les circonstances », répond le chef amérindien, qui a travaillé pendant 25 ans à ladoption du texte.
Pour le spécialiste en droit autochtone Ghislain Otis, cette décision nest pas surprenante. « Le gouvernement conservateur avait très rapidement annoncé ses couleurs », explique ce chercheur de lUniversité Laval. Les relations, déjà tendues, entre le gouvernement Harper et les communautés autochtones risquent de se détériorer encore plus. « Les conservateurs ne sont pas réputés comme étant les plus favorables au concept de droit collectif, de gouvernement autochtone autonome, de gouvernement ethnique », poursuit-il.
Cest donc une victoire au goût amer quont obtenue les Premières Nations à lONU. « Cest un nombre limité mais crucial dÉtats qui ont rejeté le texte. Ce nest pas une simple coïncidence : pour tous ces États, la question autochtone est extrêmement importante. Ce sont ceux qui reconnaissent quils ont des peuples autochtones sur leurs territoires. » Le Canada était jadis un leader dans cette bataille. « Dorénavant, pour lensemble des peuples autochtones du monde, le Canada va faire figure dÉtat réactionnaire », soutient ce juriste.
Quant au chef albertain Willie Littlechild, il poursuit la bataille. « Ça reste un message très clair de la communauté internationale. Cest à nous maintenant de le mettre en uvre. »