
Texte Normand Rhéaume
Rouyn-Noranda - Richards Desjardins est très content des réactions du public à la diffusion en première mondiale de son dernier film Le peuple invisible, réalisé conjointement avec son complice de Lerreur boréale, Robert Monderie.
Le documentaire de 1h30 sur lhistoire et le lent ethnocide des Algonquins sera projeté sur les écrans pour le grand public à compter du 23 novembre dans une quarantaine de salles dune quinzaine de villes du Québec. Le chanteur, compositeur et réalisateur cinématographique estime que son film est une uvre pédagogique qui démontre méthodiquement lacharnement des autorités contre ce peuple amérindien. Les dirigeants politiques et les religieux catholiques de la congrégation des Oblats nen sortent pas indemnes. «La résistance foudroyante des gouvernements du Québec à la reconnaissance des droits collectifs des autochtones, explique Desjardins, est un fait historique caché, mais bien réel. Les premières ententes, avec les Cris de la Baie James, datent de 1975». Trois ans à parcourir le territoire algonquin Les cinéastes ont parcouru pendant trois ans, ce qui reste du territoire algonquin, dont le cur était la réserve faunique La Vérendrye, et ils ont constaté, comme le dit Desjardins, que « le niveau de racisme augmente à mesure quon sapproche des autochtones ». À titre dexemple, il a relaté une conversation avec un vieil ami dAbitibi à qui il expliquait quil préparait un film sur les Algonquins. «Mon vieux chum ma dit : Ben, manque-les pas», une anecdote qui a fait crouler de rire une salle bondée dun motel de Rouyn-Noranda où sest tenu un point de presse au cours duquel des collaborateurs et des participants du film Le peuple invisible ont exprimé comment le documentaire était véridique et bouleversant. «Cest venu me chercher et la souffrance est encore palpable, a relaté Jimmy Papatie, protagoniste du documentaire, jai réalisé que cétait un génocide à feux doux». «Javais des papillons dans mon cur», a poursuivi Catherine Anichinapeo, grand-mère algonquine, qui sest dit tellement bouleversée par le film quelle a eu de la difficulté à le regarder entièrement. Dautres ont parlé dethnocide à petit feu et de tentative délibérée dassimilation et même dextermination des Algonquins.
Existe-t-il une solution à la lente décadence des Algonquins dont ils sont eux-mêmes en partie responsables? Oui, répond le coréalisateur du film, «il faut redonner aux Algonquins laccès au territoire qui leur a été confisqué au fil de lhistoire et faire en sorte quils participent à la gestion des ressources et quils en tirent des revenus. Cest la seule façon de mettre fin à la dépendance économique des autochtones».
Lanthropologue Rémi Savard qualifie Le peuple invisible duvre très importante. Il pense quelle est essentiellement destinée aux Blancs.
«Les Québécois ne savent pas quils descendent de colons français qui avaient des esclaves Algonquins et Montagnais, explique-t-il. Les Ursulines, le gouverneur, lévêque possédaient des esclaves. Officiellement, le Régime français réprouvait lesclavagisme, mais tolérait lusage desclaves chez les alliés amérindiens des Anglais, notamment les Algonquins. Cest la grande Omerta de lhistoire du Québec. Il faut que ce film-là soit diffusé dans les écoles pour que la vérité soit enfin enseignée».