Le lundi 02 juin 2008
Willy, 10 ans et sans-abri
![]() Depuis la publication du rapport de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse, peu de choses ont changé pour les enfants du Nunavik. |
La Presse
Kuujjuaq
L'an dernier, Willy a passé tout lété dehors. Jour et nuit. Pour fuir un père violent, ce garçon de 10 ans dormait le plus souvent sur la plage de Kuujjuaq, le plus gros des villages du Nunavik.
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Le père de Willy prend un coup. Et quand il boit, il est capable de tout : frapper son fils avec ses poings, le jeter contre le mur ou lui cracher au visage.
Alors, Willy a passé lété à errer. Parfois, il dormait sur le sable gris au bord de la rivière Koksoak. Dautres fois, il trouvait refuge sous les maisons montées sur des pilotis. Leur plancher surélevé protège contre la pluie.
Willy nétait pas seul : une vingtaine de gamins ont passé lété à coucher dehors, emmitouflés dans trois-quatre chandails, dans cette ville de 2300 habitants située à deux heures et demie de vol de Montréal.
Martin Langlois les a bien connus, ces petits itinérants de Kuujjuaq. Récemment arrivé dans le Grand Nord, il exerçait pendant lété le rôle de «travailleur de rue» dans la métropole du Nunavik. Il passait chaque jour par la plage apporter quelques bananes aux jeunes dont certains, comme Willy, avaient tout juste 10 ans.
Pourquoi ces enfants ne rentraient-ils pas chez eux pour la nuit? «Souvent, leurs parents étaient partis sur la brosse et avaient barré la porte de la maison.»
Martin Langlois a signalé le cas de Willy à la Protection de la jeunesse, mais le dossier est passé à travers les mailles du système à la suite du départ dun employé. Ce nest que plusieurs mois plus tard, quand le père a fini par donner quelques coups de trop, que Willy a pu être placé en famille daccueil.
Ses problèmes nétaient pas finis pour autant. Car lalcool coulait aussi à flots dans sa nouvelle famille. Lundi dernier, Willy na pas du tout aimé ce qui se passait dans son nouveau chez lui. Il a appelé la police.
Vers 22h, quand nous sommes arrivés sur les lieux avec la travailleuse sociale de garde, Willy se trouvait devant la maison de ses grands-parents, en train de raconter son histoire aux policiers. Il portait un jeans trop serré et un pull à capuchon, par un temps frôlant le point de congélation. Et il avait les yeux pleins deau.
Quest-ce qui est arrivé? Est-ce quils ont bu? La travailleuse sociale essayait de lui tirer les vers du nez.
Pourquoi ne pas passer la nuit chez les grands-parents? «Peut-être quil ny a pas de place», a chuchoté Willy avec un tout petit filet de voix.
Quand nous sommes arrivés devant une des maisons qui offrent des dépannages durgence, Willy sest braqué. «Je ne veux pas y aller» a-t-il marmonné. Nous navons jamais su pourquoi.
Finalement, le garçon, dont nous avons dû changer le nom pour des raisons de confidentialité, a trouvé une place dans une famille qui soccupe déjà dun autre enfant. Pour combien de temps?
Quand on parle de la protection des enfants au Nunavik, cest de cela quil sagit: des jeunes laissés à eux-mêmes par des familles «poquées», dont la situation reste trop longtemps ignorée des services sociaux et qui, faute de familles daccueil adéquates, sont ballottés de crise en crise.
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