
Au commencement, la femme comprit que sa survie était auprès de l'homme et l'homme comprit que la sienne se trouvait auprès de cette femme.
Au coeur de Vilcabamba rien n'a changé.
L'un avec l'autre ils forment le centre du monde et maintiennent ainsi l'équilibre.
Celui de la Grande Forêt, mais aussi celui de l'univers. Le notre à tous.
A Vilcabamba, l'homme et la femme se nourrissent d'amour, de paix, de respect pour eux-mêmes et pour le milieu au sein duquel ils s'épanouissent.
Ici la beauté des visages égale celui de la nature; le rire s'harmonise avec le chant des oiseaux et le chuintement du vent dans les branches.
Tout obéit à une simple loi : survivre dans la joie.
Savons nous encore ce qu'est vivre dans la joie?
Pourquoi nous sommes nous tant éloignés de cet état de grâce?
Les Ashaninka de Vilcabamba font partie des quelques derniers Hommes sur cette terre capables de vivre de l'essentiel et pour l'essentiel.
Mais ils sont de plus en plus menacés.
Nouvelles de terrain
1) Le boisFaute de combattants
la situation s'est améliorée.Tous les acajous exploitables ayant été coupés, les bûcherons illégaux se sont retirés!
Mais la forêt dans son entier est convoitée. La vallée de Cuti est pleine de cèdres rouges!
Par ailleurs, enfin et heureusement, la présence sur place maintenant de l'INRENA, organisme gouvernemental chargé de la protection de l'environnement, nous permet d'espérer à l'avenir un meilleur respect des territoires Ashaninka.
Le problème de la coupe illégale est donc en principe sous surveillance. Mais nous resterons extrêmement vigilants.
2) La santéLa situation est également un peu meilleure.Après notre intervention auprès de l'hôpital de Satipo, les autorités en la matière envoient à Parijaro tous les quatre à six mois, une délégation médicale qui assure un suivi acceptable.
Plusieurs des Ashaninkas atteints de tuberculose sont en cours de traitement. C'est une première victoire!
Tout cela est mieux que rien en attendant des financements toujours espérés pour la création d'un poste médical et la présence d'un médecin sur place.
3) Nos écoles
Nous pouvons assurer
une quatrième année scolaire pour deux des sept écoles que nous avons créés et qui fonctionnent maintenant dans la vallée du Cutivireni.
Trois de nos cinq dernières écoles vont être intégrées à un autre projet scolaire par notre correspondant bénévole au Pérou, Antonio Sancho Ferrer, et ceci afin de soulager Chaveta de la recherche de financement toujours tellement difficile.
Antonio a tenu à nous indiquer combien l'aide de l'association Chaveta, l'unique organisation à agir au sein des villages Ashaninkas isolés volontaires, a été précieuse pour la mise en place et le suivi de ces 7 écoles au cours des trois dernières années, et dont cinq vont être maintenant financées par une association espagnole catholique qui a les reins solides, la "
Fundacion del Valle".
Et puis les Ashaninkas de Parijaro, et spécialement Shirampari, envoient toutes leurs salutations respectueuses à ceux qui les ont aidés en soutenant ce projet essentiel pour les enfants Ashaninkas.
Aujourd'hui, l'association Chaveta se doit d'assurer le suivi des deux écoles qui lui incombent, celles de Parijaro bien sûr dont jamais nous ne nous séparerons et celle de Camentavitshi.
Chaveta démarre également, et ce toujours à la demande expresse des Ashaninkas, une prospection pour la création de nouveaux centres scolaires à Vilcabamba.
Et comme d'habitude, il y a urgence
Vilaine petite histoire
Comme nous vous l'avons depuis longtemps expliqué, les Ashaninka de Vilcabamba ont compris qu'apprendre ce qu'est la société occidentale reste leur dernière chance pour combattre l'avance de la colonisation et les différents périls qui les menacent dangereusement. C'est à dire dans un premier temps : parler espagnol, lire, écrire, compter
C'est pourquoi ils réclament tous azimuts et avec tant d'insistance des instituteurs pour leurs enfants.
Depuis déjà quelques années, des gens passent régulièrement dans les villages ashaninkas autour de Satipo, bourgade de colons heureusement très éloignée de Vilcabamba, demandant aux parents de leurs confier des enfants pour leur apprendre à parler l'espagnol, à lire et à écrire.
La réalité s'avère souvent un peu différente.Les enfants vont apprendre l'espagnol, oui, certainement, mais en travaillant dans les cuisines ou les jardins de quelques maisons.
Cela s'aggrave vraiment lorsque l'on comprend que l'Ashaninka et l'Indien de forêt en général n'ont jamais supporté l'esclavage.
Les enfants ainsi "prisonniers" d'une situation qui n'avait pas été établie à l'origine vont s'enfuir rapidement
et terminer en mendiant dans les villages de colons ou, pour les fillettes, à la cantina. Comprendre : le "bordel du coin".
Pour la première fois l'année dernière, un groupe de personnes parlant ashaninka est entré à Cutivireni! Deux fillettes sont reparties avec eux.
Heureusement l'une d'entre elles a été récupérée rapidement grâce à l'intervention du padre Mariano.
Et j'ai retrouvé l'autre en septembre.
Nous ne devons plus jamais permettre cela!
PLUS JAMAIS!
Merci d'avoir lu cette lettre, merci d'être à nos côtés.Je vous souhaite de vivre dans la joie.
Jéromine Pasteur
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