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Dumont s'attire les foudres du milieu autochtone

 
Le vendredi 14 décembre 2007

Dumont s'attire les foudres du milieu autochtone
 
Le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, a soulevé l'indignation d'autochtones en ridiculisant une légende micmac en pleine Assemblée nationale. (Photo PC)

Le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, a soulevé l'indignation d'autochtones en ridiculisant une légende micmac en pleine Assemblée nationale.
Photo PC

 

Malorie Beauchemin
La Presse
Québec
Le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, a soulevé l'indignation d'autochtones en ridiculisant une de leurs légendes en pleine Assemblée nationale, dans le but de démontrer que le nouveau cours d'éthique et culture religieuse est déconnecté de la réalité québécoise.
  

«C'est vraiment se foutre de la gueule du monde», a réagi Réjean O'Bomsawin, historien abénakis, en prenant connaissance des déclarations du chef adéquiste sur Glouskap (Gluskap ou Gluskabi, selon les orthographes variables).
 
M. Dumont, qui semblait ignorer tout de cette légende micmac, aussi présente dans d'autres communautés, a affirmé avoir trouvé sur Google une seule mention concernant le «récit de Glouskap», un exemple des mythes fondateurs qui seront enseignés aux enfants du primaire dès septembre 2008, en remplacement des cours de morale et de religion.
 
«Le premier ministre, le récit de Glouskap, est-ce qu'il peut se lever à l'Assemblée nationale et nous en parler? On a réussi à trouver une chose sur Google, sur le récit de Glouskap, a lancé le chef de l'ADQ, en poursuivant: «Glouskap a tué son frère Malsum, l'Esprit du Mal, le fameux Winpé et d'autres sorciers encore. Enfin, il a tant humilié la sorcière Poujinkouesse qu'elle s'est changée en maringouin, et cela uniquement pour se venger, car elle est devenue, grâce à cette métamorphose, la mère d'une engeance persécutrice des hommes que protège son puissant ennemi.»
«Je veux juste être sûr que c'est le bon récit, ma fille (de 5 ans) va m'arriver avec ça l'automne prochain», a ajouté M. Dumont, qui critique, depuis mercredi, le manque de prédominance du catholicisme dans le contenu du nouveau programme d'enseignement.
 
Pour M. O'Bomsawin, le chef adéquiste «n'est pas allé aux sources» pour comprendre le fondement de la légende et ainsi «il ridiculise les Premières Nations».
«C'est certain qu'en le présentant comme ça, c'est pas intéressant, c'est comme parler d'extraterrestres. Mais si c'est bien décrit aux enfants, c'est intéressant», a souligné ce professeur et conférencier, de la communauté d'Odanak, située au sud de Trois-Rivières.
 
Souvent associée aux nations autochtones de la famille linguistique algonquienne orientale (Malécites, Micmacs, Abénakis), la légende raconte que Glouskap (parfois aussi appelé Odzihozo dans certains contes abénakis), est né de la poussière causée par Tabaldak (le Créateur), qui «après avoir créé tous les êtres humains, secoua les mains». Mais Glouskap est surtout connu dans la mythologie autochtone pour avoir créé le vent, et parce qu'il a été chargé de veiller sur la Terre et les humains.
 
Pour le directeur général du conseil de bande des Abénakis de Wôlinak, Bernard Ross -qui lui est d'origine innue-, le comportement de M. Dumont en Chambre est inacceptable. «C'est très méprisant, M. Dumont est rendu très loin, a-t-il souligné. Il y a des légendes québécoises, abénakises, innues. Chacun ses légendes. Et on s'enrichit du partage des cultures.»
 
Autant pour M. Ross que pour M. O'Bomsawin, l'apprentissage de certaines traditions, mythes ou rituels autochtones est très important pour comprendre le Québec.
 
Au ministère de l'Éducation, on rétorque que «le récit de Glouskap» n'est qu'un exemple indicatif, et qu'il n'est pas certain qu'il se retrouvera dans l'enseignement donné aux enfants. Ainsi, un enseignant pourra adapter le cours selon la région où il se trouve, la présence ou non d'autochtones, d'autres religions, ou encore selon l'actualité. Le document critiqué par M. Dumont est d'ailleurs clair sur la priorisation des éléments de culture religieuse: d'abord le christianisme (catholicisme et protestantisme) au premier niveau d'importance, puis le judaïsme et les spiritualités des peuples autochtones, en deuxième. Au troisième rang d'importance arrive l'islam, le bouddhisme et l'hindouisme, qui sont suivis «d'autres religions qui pourront être abordées au cours d'un cycle».
 
Joint tard en soirée par La Presse, Alexis Wawanoloath, député péquiste d'Abitibi-Est, métis abénakis-québécois, a affirmé avoir trouvé «triste et blessant» de voir sa mythologie ainsi «ridiculisée» par M. Dumont qui selon lui, «lance de telles choses sans vraiment connaître le sujet».
 
«Je me serais attendu à plus de rigueur. En plus il y a des Malécites dans sa région, a souligné M. Wawanoloath. Derrière toute mythologie, il y a des morales, des valeurs, des principes.»
 
Le ministère de l'Éducation a raison, selon lui, d'enseigner ces récits aux enfants. «Ça fait partie de l'histoire québécoise, ça fait partie de notre culture, qui devrait être mieux connue si on veut avoir de meilleures relations, a dit le député péquiste. On comprend qu'il doit y avoir une place prépondérante au christianisme dans ce cours, mais pourquoi ne pas ouvrir l'esprit des enfants.»
 
M. O'Bomsawin abonde dans son sens. «Dans les vieilles familles québécoises, très peu n'ont aucune racine autochtone. M. Dumont vient de Cacouna, je ne serais pas surpris qu'il ait du sang malécite ou abénakis», a dit l'historien.
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