Le vendredi 14 décembre 2007
Cours de culture religieuse: des autochtones froissés par Dumont
Le député Alexis Wawanoloath reproche à Mario Dumont davoir tenté de ridiculiser la mythologie amérindienne.
Photothèque Le Soleil, Steve Deschênes
Martin Pelchat
Le Soleil
Québec
Le chef de lAssemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, na guère prisé que Mario Dumont utilise lexemple dune légende autochtone, hier matin, pour attaquer le nouveau cours de culture religieuse au primaire. Si ce nétait que de lAPN, le programme irait dailleurs encore plus loin dans le contenu autochtone.
«On peut être portés à penser que M. Dumont a pris cet exemple pour essayer de donner peu dimportance à cette question, qui, pour nos nations, est extrêmement importante, dit-il. Ça touche la spiritualité de nos nations, donc ce nest certainement pas négligeable.» M. Picard demande des explications au chef adéquiste. «Pourquoi a-t-il ciblé cet aspect là en particulier? Je nai jamais eu loccasion dentendre la vision de M. Dumont en ce qui concerne notre réalité. Est-ce que cest celle-là, sa vision, de seulement sy référer pour servir ses propres fins? Si cest ça, cest très décevant.»
Le chef de lADQ est revenu à la charge à lAssemblée nationale hier matin pour réclamer un moratoire sur le cours qui doit être donné en septembre le temps de consulter les parents et daccoucher dun contenu donnant plus dimportance à lhéritage religieux catholique. Il a demandé à Jean Charest sil connaissait «le récit de Glouskap», intégré au cours. «On a réussi à trouver une chose sur Google : Glouskap a tué son frère Malsum, lesprit du mal, le fameux sorcier Winpé et dautres sorciers encore, a raconté M. Dumont. Enfin, il a tant humilié la sorcière Poujinkouesse quelle sest changée en maringouin et cela uniquement pour se venger, car elle est devenue, grâce à cette métamorphose, la mère dune engeance persécutrice des hommes que protège son puissant ennemi.»
«Je veux juste être sûr que cest le bon récit, ma fille va marriver avec ça lautomne prochain», a poursuivi Mario Dumont.
Un héros mythique
«Cétait quand même blessant dentendre ça», dénonce le député péquiste dAbitibi-Est, Alexis Wawanoloath, qui a des origines abénakises. Glouskap, a-t-il expliqué, est un héros mythique des Abénakis, des Micmacs et des Malécites, qui sont dailleurs présents dans le Bas-Saint-Laurent, la région du chef adéquiste. Le jeune député reproche à Mario Dumont davoir tenté de ridiculiser cette mythologie. «On sait que dans les mythologies, souvent, ce sont des histoires invraisemblables, mais derrière lesquelles il y a des valeurs, des principes. On est daccord avec le fait quil faut que le christianisme ait une place prépondérante, mais de là à ne pas enseigner les autres traditions. (...) Cest quelque chose qui fait partie de lhistoire de gens qui habitent le Québec depuis des millénaires.»
Ghislain Picard espère que lopposition de lADQ namènera pas le ministère de lÉducation à reculer. «Même quil serait souhaitable que le contenu aille encore plus loin», dit-il. Le leader autochtone espère cependant que le ministère a puisé aux bonnes sources. «Ça fait trop longtemps que nos nations ont été marginalisées ou nont pas été reflétées correctement dans les livres dhistoire. On a le souci que si ça doit être corrigé, que ça se fasse de la bonne façon.»
Le porte-parole de Mario Dumont, Jean-Nicolas Gagné, insiste sur le fait que ce contre quoi il en a, cest «la prépondérance pas assez apparente dans le document» de lhéritage catholique. Et le chef adéquiste na pas que donné un exemple autochtone, ajoute-t-il. «On a donné plusieurs exemples depuis deux jours», note M. Gagné, citant des références bouddhistes, sikhs ou musulmanes.