Le samedi 15 décembre 2007
Dumont sommé de s'excuser auprès des peuples autochtones
Malorie Beauchemin
La Presse
Québec
Devant l'indignation du milieu autochtone, la vice-première ministre, Nathalie Normandeau, a sommé hier l'ADQ et son chef, Mario Dumont, de s'excuser auprès des communautés qu'il a froissées en se moquant d'une légende amérindienne.
«En posant une question au premier ministre cette semaine, l'ADQ a sombré une fois de plus dans la démagogie, mais également dans les préjugés, a dit Mme Normandeau. Je pense sincèrement que ce à quoi nous pouvons nous attendre de la part de l'Action démocratique du Québec, c'est ni plus ni moins que des excuses formelles à l'endroit des Premières Nations du Québec.»
Jeudi, en chambre, M. Dumont a cité l'exemple de la légende autochtone de Glouskap pour illustrer que le contenu du nouveau cours d'éthique et culture religieuse, qui sera donné aux enfants dès septembre 2008, est déconnecté de la réalité québécoise. Or, il s'agit d'un mythe fondateur chez les Micmacs, les Abénakis et les Malécites et certains membres et dirigeants autochtones ont dénoncé ce geste jugé méprisant à l'égard de leur culture.
L'ADQ n'a pas donné suite aux demandes répétées de la ministre Normandeau. «C'est plutôt Jean Charest qui devrait s'excuser de ne pas connaître une légende qu'il propose d'enseigner aux jeunes enfants du Québec», a souligné l'attaché de presse de Mario Dumont, Jean-Nicolas Gagné.
Le député péquiste d'Abitibi-Est, Alexis Wawanoloath, métis abénakis-québécois, a lui aussi réclamé au chef adéquiste qu'il présente des excuses aux nations autochtones. «Vous avez attaqué, je l'espère par ignorance, le coeur et la spiritualité des peuples autochtones présents au Québec depuis plusieurs centaines d'années, écrit le député dans une lettre adressée à Mario Dumont. Dans les circonstances, je crois qu'il serait opportun, pour toutes celles et ceux des Premières Nations qui ont le sentiment que leur histoire, leurs valeurs profondes et leur nation ont été bafouées, que vous vous excusiez.»
M. Wawanoloath a rappelé que les nations autochtones ont été reconnues en 1985 par l'Assemblée nationale. Des excuses, selon lui, «enverraient le message que vous ne voulez pas retourner en arrière et que vous reconnaissez toutes les nations qui vivent sur le territoire québécois», a-t-il écrit à M. Dumont.
Dans une lettre publiée dans les pages forum de La Presse, le chef adéquiste persiste et signe, en invitant les parents mécontents du nouveau programme à se plaindre auprès des conseils d'établissement de l'école de leurs enfants. «Ce cours équivaut à nier la réalité de ce que nous sommes, en plus de favoriser l'acculturation de nos enfants», critique M. Dumont qui réitère sa demande au gouvernement d'imposer un moratoire sur l'enseignement du nouveau cours.
«Il est de notre devoir collectif de faire en sorte que les enfants des néo-Québécois connaissent et comprennent bien l'héritage de la majorité», ajoute-t-il. Le chef adéquiste considère que la religion catholique n'est pas prépondérante dans le programme. «On tente de noyer notre identité dans une mosaïque sans repères. Il s'agit d'une vision d'un Québec sans racines, sans culture commune», dit-il, comparant le contenu à la vision du multiculturalisme de l'ancien premier ministre canadien Pierre Elliott Trudeau.
Le document du ministère de l'Éducation indique toutefois à plusieurs endroits que l'importance du christianisme et des traditions québécoises sera mis en relief dans l'enseignement du cours d'éthique et culture religieuse.