La présentation du film de Richard Desjardins et de Robert Monderie sest déroulée en fin daprès-midi le 21 avril, dans le cadre de la semaine des sciences humaines du collège Gérald-Godin. Luvre cinématographique, qui dépeint un triste portrait de la réalité des Algonquins de lAbitibi et du Témiscamingue, a eu un impact indéniable sur les spectateurs, qui ont pu émettre leur opinion et poser des questions à Lucien Wabanonik. Léminent leader algonquin sest exprimé avec franchise et simplicité.
«Nous sommes reconnaissants que Richard Desjardins ait fait un film sur nous, car lorsque cet homme parle, les Québécois écoutent», a expliqué le porte-parole autochtone, qui vit dans la communauté de Lac-Simon. Cependant, nous ne sommes pas partenaires dans cette production. Leur film est complètement indépendant, ce qui lui donne toute sa crédibilité.»
Les réalisateurs ont su capter sur pellicule, les dures conditions de vie des 10000 Algonquins du Québec, répartis dans neuf communautés ou réserves. Leur réalité qui correspond à celle de la majorité des dix autres nations autochtones québécoises, se situe selon le chanteur-réalisateur nettement au-dessous du niveau de vie des canadiens. «Si on ne considérait que les conditions de vie des Amérindiens à travers le pays pour mesurer la qualité de vie ici, le Canada se situerait au 63e rang mondial, juste derrière le Ghana.»
Desjardins ny va pas de main morte pour dénoncer linjustice que subissent les Algonquins et labsence dintérêt que leurs maux suscitent au sein des gouvernements et de la population. «On se préoccupe beaucoup plus du bien-être et des droits des immigrants que de ceux des autochtones», affirme le réalisateur.
Invité sur scène après le film, Lucien Wabanonik a dentrée de jeu rappelé à laudience quau tout début, cest les blancs qui étaient les nouveaux arrivants. «Nous sommes un peuple millénaire. Nous avons accueilli vos pères, nous leur avons montré comment survivre, leurs avons transmis notre technologie
Ils sont venus avec leur monarchie, leurs églises. Nous leur avons appris la démocratie.»
Lalgonquin, qui dans sa jeunesse a été forcé de fréquenter un des controversés pensionnats destinés à léducation des petits Amérindiens, nhésite pas à parler de génocide. «La construction du Canada ne sest pas faite en un jour. Les autochtones y ont participé, mais en cours de route ils ont été mis de côté, puis ignorés. On a tout fait pour nous assimiler.»
Le Leader Agonquin déplore lapathie du gouvernement fédéral sur la question autochtone. «Vous en connaissez beaucoup des partis politiques qui dans leur campagne électorale présentent une véritable plate-forme sur les questions autochtones?» Aux nombreux spectateurs qui lui ont demandé comment chacun pouvait simpliquer pour aider les Amérindiens, il a répondu: «vous êtes en âge de voter, nest-ce- pas? Demander à vos députés quelles sont leurs pistes de solutions aux problèmes des autochtones!»
Lucien Wabanonik se rendra la semaine prochaine, en compagnie dautres décideurs autochtones, notamment la Grand Chef de la Nation Atikamekw, Éva Ottawa, aux Nations-Unies pour se faire entendre.
http://www.citesnouvelles.com/article-207892-Conversation-avec-un-Grand-chef-algonquin.html