Le vendredi 02 mai 2008
On implore Ottawa de signer la Déclaration sur les peuples autochtones
Hugo de Grandpré
La Presse
Ottawa
Une centaine de spécialistes des questions autochtones implorent le Canada de revenir sur sa décision et de signer la Déclaration des Nations unies sur les peuples autochtones.
Dans une lettre rendue publique hier, les experts de différentes universités de même qu'Amnistie internationale affirment qu'Ottawa nuit à la cause des droits humains depuis qu'il a voté contre l'adoption de la déclaration, le 13 septembre dernier. Le Canada est l'un des quatre pays qui ont rejeté cette entente, sur les 148 qui se sont prononcés. Les États-Unis, l'Australie et la Nouvelle-Zélande sont les trois autres. L'Australie a toutefois changé sa position depuis l'arrivée au pouvoir du Parti travailliste, en novembre.
Le gouvernement fédéral affirme que cette déclaration changerait le système actuel au pays, en accordant un droit de veto aux autochtones, par exemple, ou en leur permettant de réclamer l'ensemble du territoire et des ressources canadiennes. Il la croit non conforme à la Charte canadienne des droits et libertés.
«Nous sommes inquiets de voir que le gouvernement canadien continue d'utiliser ses déclarations mensongères pour justifier son opposition», répliquent les spécialistes dans leur lettre.
Pas de force contraignante
En conférence de presse à Ottawa, hier, certains d'entre eux ont rappelé que cette déclaration n'avait pas de force contraignante, mais visait plutôt à guider le gouvernement dans l'adoption de politiques.
Ainsi, ils estiment que la manoeuvre du gouvernement Harper vise à faire prendre la direction contraire au Canada.
«J'ai tenté de chercher plus loin que les propos du ministre pour trouver la justification de l'argument voulant que la déclaration soit contraire à la Charte», a expliqué Sébastien Grammond, professeur de droit constitutionnel à l'Université d'Ottawa.
«La seule chose que j'ai pu trouver a été dans un livre de Tom Flanagan, un proche conseiller du premier ministre Harper. Flanagan s'oppose à l'autonomie gouvernementale et aux droits autochtones en général», a-t-il dénoncé.
«La seule idée que vous vous opposiez à la déclaration des Nations unies sur la base qu'elle soit contraire à la Charte suggère l'idée que les droits autochtones sont contraires aux droits humains. C'est insidieux», a conclu le professeur.
Crédibilité minée
Le groupe a aussi exhorté le ministre des Affaires indiennes, Chuck Strahl, de cesser de miner la crédibilité de la déclaration en répétant sur toutes les tribunes que le Canada ne comptait pas la respecter.
«La position canadienne porte un coup à l'intégrité du système international des droits humains, a déclaré Alex Neeves, le secrétaire général d'Amnistie internationale du Canada. L'essence même de la position canadienne est que les États devraient se sentir libres de ne pas respecter une décision des Nations unies, comme l'adoption d'une déclaration importante sur les droits humains, s'ils n'ont pas voté en faveur.»
Le ministre Strahl était de passage aux Nations unies, hier, où il a réaffirmé sa position. Il a rappelé que son gouvernement n'avait pas attendu l'adoption de la déclaration pour adopter de nouvelles mesures destinées aux autochtones.
Paul Martin
Par ailleurs, l'ancien premier ministre du Canada, Paul Martin, déclarait hier que les autochtones ont tout à fait le droit de réclamer de meilleures conditions de vie et d'éducation et sont poussés à perturber l'ordre public par un gouvernement fédéral inattentif à leurs besoins.
M. Martin a participé hier, à Toronto, à une conférence sur l'aide au développement économique aux communautés autochtones. Il a dit soutenir le droit de tenir des manifestations non violentes, même si elles indisposent la population.
L'ancien premier ministre du Canada a soutenu en entrevue qu'il s'agit parfois de la seule façon de faire entendre sa voix.
Avec La Presse Canadienne.