Quelques réflexions pertinentes de l'écologue Nicolas Hulot et de l'écrivain Edgar Morin tirées de son livre " L'an 1 de l'ère écologique" :
Edgar Morin
Nous avons un problème de vie en société. Regardez le nombre de psychotropes et danxiolytiques que nous absorbons. Les Français traitent de manière individuelle et personnelle un mal-être existentiel qui est aussi un malaise commun. Doù le recours de plus en plus grand aux sagesses orientales, au yoga, au bouddhisme zen, et au grand marché de la réalisation de soi. Doù la recherche de spiritualité, lappel à la psychanalyse et au-delà à la philosophie. Nous nous ruons sur les vacances, le départ, lexotisme, et, dans le loisir, nous nous déguisons en faux primitifs, en faux paysans. Nous aspirons obscurément à fuir la vie du métro-boulot-dodo qui obéit à la logique déterministe, chronométrique, hyperspécialisée de la machine artificielle de nos usines et bureaux. Experts et « éconocrates » nous traitent comme des machines triviales cest-à-dire strictement déterministes, alors que la part non triviale en nous, celle du vouloir vivre, aimer, communier, nous réaliser, échappe à cette logique.
Le pacte écologique na de sens quà condition de sortir de cette logique et dêtre complété par un pacte politique. Pour ne pas aller dans le mur, comme vous dites, nous avons besoin dune politique que jai appelée « politique de lhomme » et que je complète par une politique de civilisation.
Nicolas Hulot
La technique seule ne résoudra pas les problèmes auxquels nous sommes confrontés. Il faut que chacun les prenne à coeur, au sens émotionnel et passionnel du terme, car chacun porte une part de responsabilité. Dans cette « Adresse au futur président de la République » qui ouvre le livre, je demande quon se débarrasse dun certain nombre de pratiques, de moeurs, dautomatismes, de comportements iniques et obsolètes. Dans cette société du théâtre des apparences, le paraître prime sur lêtre. Chacun le sait, mais tout le monde y cède. La débauche de communication masque lignorance, lincompétence ou le manque de pouvoir. On donne lillusion de traiter les choses. Mais la désillusion est totale, et le discrédit des politiques saccroît.
Or limpératif écologique est aussi un impératif politique, car nous sommes encore englués dans la barbarie des origines. Comme nous la appris notamment louragan Katrina, qui ravagea La Nouvelle-Orléans , notre démocratie des bonnes manières peut basculer à tout moment dans la barbarie, le vernis démocratique est prêt à craquer à la moindre catastrophe écologique. Je ne dis pas cela pour faire peur. Mais notre civilité nest pas définitive. Il nest pas dit que notre civilisation sera capable daffronter les bouleversements écologiques dans la cohérence, la sagesse, la pertinence et la rationalité.
Il est stupide de penser que nos frontières pourront stopper la mise en marche des damnés de la terre vers le Nord, fuyant les désordres écologiques et climatiques quils subiront au Sud sans les avoir provoqués. Aucune armée du monde placée à Gibraltar ou au sud de lItalie nendiguera une vague migratoire dont les fondements seront légitimes. Au-delà de linjonction climatique dont on se serait bien passé, tant lhumanité est chargée de fardeaux , regardons à quoi ressemble létat psychologique de la planète sous leffet pervers de la communication qui étale au grand jour une réalité insoutenable et indécente.
Dun côté, les exclus du festin, pour lesquels la vie est une longue souffrance ; de lautre, ceux qui ont tiré leur épingle du jeu et parmi eux cette frange de la population qui se vautre dans lopulence. Avec la mondialisation médiatique, cette obscénité suscite dinnombrables rancoeurs mais aussi, pour peu dêtre bien instrumentalisée, des torrents de haine. À lapogée de la communication, la découverte de lhumanité par elle-même est devenue maléfique.
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